Procès d’Alain Bellefeuille : les émotions du policier Ionut Mihuta
Le procès d’Alain Bellefeuille a repris lundi au palais de justice de L’Orignal avec le contre-interrogatoire d’Ionut Mihuta, le policier qui a arrêté l’accusé après que celui-ci eut tué le sergent Eric Mueller dans la nuit du 11 mai 2023 à Bourget. L’avocat de la défense, Leo Russomanno, a tenté de remettre en question les méthodes employées par l’agent Mihuta auprès d’Alain Bellefeuille, accusé du meurtre au premier degré du policier qui était âgé de 42 ans. Il fait aussi face à deux chefs d’accusation de tentative de meurtre des policiers Marc Lauzon et de François Gamache-Asselin. Dès le début du procès, il a été établi que la défense n’allait pas contester que c’est bel et bien Alain Bellefeuille qui a tiré les coups de feu vers les agents de la paix. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Jean Delisle La défense a présenté un montage vidéo d’environ cinq minutes qui avait pour but de dresser le fil des événements du moment où M. Mihuta est arrivé à la résidence d’Alain Bellefeuille, soit à 2 h 47, une dizaine de minutes après que les coups de feu eurent été portés et que l’accusé eut lui-même composé le 911. La vidéo a été construite à partir des caméras corporelles du sergent Mueller, de l’agent Mihuta lui-même et de son confrère Gamache-Asselin. On a pu entendre l’interaction intense entre l’accusé et M. Mihuta. Ce passage avait déjà été présenté aux membres du jury le 4 avril, lors de son témoignage avant que le procès fasse relâche pour 10 jours. Alain Bellefeuille répète qu'il ne voulait pas tirer sur un policier, Ionut Mihuta lui ordonne à plusieurs reprises de garder ses mains dans le dos. Les funérailles policières pour le sergent Eric Mueller ont eu lieu au Centre Canadian Tire, à Kanata, jeudi 18 mai 2023. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Spencer Colby Leo Russomanno a mis de l’avant les menaces du policier à l’endroit de son client. À cela, Ionut Mihuta a admis que Je savais qu’Eric [Mueller] n’allait pas s’en sortir vivant. Je savais que sa femme allait apprendre la pire nouvelle de sa vie, que son mari n’allait pas rentrer à la maison. Je savais que ses deux enfants n’allaient plus avoir de père et que sa sœur allait perdre son frère, alors oui j’étais très émotif. [...] Je ne pensais pas ce que je disais. L’avocat de la défense l’a questionné s’il avait l’habitude d’employer un tel vocabulaire lorsqu’il aborde un suspect. Leo Russomanno a aussi demandé à l’agent Mihuta pourquoi il avait utilisé son arme pour frapper Alain Bellefeuille alors que celui-ci était menotté et couché sur le ventre. Le policier a expliqué l'avoir frappé, car le suspect n’écoutait pas ses consignes. Il a admis l'avoir frappé Pendant l’écoute de la vidéo au tribunal lundi, Ionut Mihuta a paru émotif à quelques reprises, comme c’était le cas lors de son témoignage. Il a utilisé le terme De son côté, Alain Bellefeuille, assis dans la boîte des accusés, est resté neutre tout au long du contre-interrogatoire. Menotté, il portait un complet beige avec une chemise grise. Il est surveillé, en tout temps, par deux constables spéciaux de la police d’Ottawa. Cela fait maintenant neuf jours que le procès d'Alain Bellefeuille se tient au palais de justice de L'Orignal, dans l'est ontarien. Photo : Radio-Canada / Felix Desroches Dès le début du procès, il a été établi que la défense n’allait pas contester que c’est bel et bien son client qui a tiré les coups de feu vers les agents de la paix. La principale question que le jury devra se poser est la suivante : est-ce qu’Alain Bellefeuille savait qu’il avait affaire à des policiers lorsqu’il a fait feu à neuf reprises en leur direction? La défense, de son côté, soutient qu’Alain Bellefeuille croyait être victime d’une invasion de domicile. Plus tard, Leo Russomanno a rappelé à M. Mihuta qu’il avait par la suite tenté d’appliquer les techniques de réanimation cardiorespiratoire à son collègue Eric Mueller, qui était pourtant déjà pris en charge par deux ambulanciers. Ionut Mihuta a assuré qu’il avait C’est de cette manière que le contre-interrogatoire a pris fin. Le procès devait se poursuivre lundi après-midi, mais il a plutôt été remis au 22 avril puisque le juge doit s’absenter pour des raisons de santé.
Mets tes mains dans le dos! J'ai ce fusil dans ta f–king tête! Fais quelque chose pour que je puisse t'abattre, espèce de salaud!
avait crié le policier, au moment où il était en train de prendre acte que son collègue et ami, le sergent Mueller, n’allait pas s’en sortir vivant.Tire-moi dessus [inaudible], tire-moi dessus. Je ne veux plus vivre
, a dit M. Bellefeuille.Tu as tué un policier, espèce d'animal!
a répliqué M. Mihuta.
les émotions ont pris le dessus
.Non, on ne tire pas sur les gens dans le cadre de notre travail. Nous ne faisons pas cela
, a-t-il répondu.deux ou trois fois de plus
.Je lui disais de se taire, et il me parlait de son chien sans arrêt. Il essayait de me regarder pour savoir où je me trouvais. J’étais nerveux. Il venait de tuer mon ami [Eric Mueller]. Je ne savais pas où était mon deuxième collègue [Marc Lauzon, transporté à l’hôpital]
, a expliqué M. Mihuta, qui arborait son uniforme de la Police provinciale de l’Ontario.Même s’il était menotté, je le percevais toujours comme une menace. J’avais peur qu’il me blesse. J’étais seul. J’avais peur qu’il y ait une autre personne dans la maison qui me tue, de dos. Je pensais que j’allais mourir, mais je ne savais pas comment
, a-t-il poursuivi.frère
en parlant d’Eric Mueller.
L’intensité du moment
Ce n’était pas logique. [...] En raison de l’intensité du moment, vous ne pensiez pas clairement
, a lancé l’avocat de la défense.les idées claires
, concédant toutefois qu’il n’avait pas les réflexes aussi affûtés qu’à l’habitude.Normalement, je pense 10 coups à l’avance, mais cette fois-ci, je voyais seulement un ou deux coups à l’avance.
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